LES FAITS

Une rivalité née sur les plateformes de live

Avant le drame, Keneff Leauva et Mamadi Touré, connu en ligne sous le pseudonyme « Moussa VR6 », se connaissaient et avaient entretenu une relation amicale. Leur conflit s’est progressivement déplacé sur les plateformes de vidéo en direct, notamment Bigo Live, où les échanges publics, les provocations et les « clashs » attiraient de nombreux spectateurs.

Les articles consacrés au procès décrivent un univers numérique où la visibilité, la réputation et la confrontation pouvaient devenir une forme de monnaie sociale. Des témoins ont expliqué à la cour que les contenus ordinaires attiraient peu de public, tandis que les affrontements et les provocations généraient davantage d’audience. Cette dynamique collective est devenue l’un des enjeux du procès.

Le 11 avril 2021 à Pantin

Dans la nuit du 10 au 11 avril 2021, une altercation verbale a de nouveau opposé les deux hommes devant plusieurs centaines de spectateurs sur Bigo Live. D’après les comptes rendus du procès, Mamadi Touré s’est ensuite rendu au domicile de Keneff Leauva, à Pantin, pour s’expliquer. Les circonstances exactes de cette rencontre ont été discutées à l’audience et doivent être présentées avec prudence : la présence de la victime au domicile est rapportée par plusieurs sources, tandis que la défense a soutenu qu’elle constituait une menace immédiate.

Une confrontation physique a éclaté dans la rue. Keneff Leauva a utilisé un couteau de cuisine et Mamadi Touré a été grièvement blessé. Les images examinées pendant le procès ont montré une poursuite et une lutte avant la chute de la victime. Mamadi Touré est décédé des suites de ses blessures.

Deux récits face à face

Au procès, l’accusation a présenté les faits comme l’aboutissement d’une escalade durable et d’une volonté de préserver une réputation construite autour du personnage de « clasheur ». Elle a requis 25 ans de réclusion criminelle.

Keneff Leauva a contesté toute préméditation. Il a déclaré avoir cru que Mamadi Touré venait le frapper et l’humilier devant les internautes. Il a affirmé ne pas avoir voulu tuer et a décrit les coups comme des gestes destinés, selon lui, à repousser son adversaire. Ces éléments correspondent à la version de la défense et ne doivent pas être présentés comme une conclusion judiciaire sur la légitime défense.

Le procès et la décision

Le procès s’est tenu en février 2023 devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, à Bobigny. Les débats ont porté sur la chronologie de la confrontation, la préméditation, le rôle des réseaux sociaux et la responsabilité de chacun dans l’escalade.

Le 10 février 2023, la cour a écarté la préméditation et a condamné Keneff Leauva à 19 ans de réclusion criminelle pour meurtre en récidive. Les comptes rendus indiquent également une obligation de soins. Cette décision est le résultat du jugement rendu par la cour ; elle ne doit pas être reformulée comme une simple « réévaluation à exiger » sans préciser le cadre juridique exact d’une éventuelle démarche ultérieure.

Les familles et les conséquences humaines

Les audiences ont également donné une place importante à la famille de Mamadi Touré. Ses proches l’ont décrit comme un homme généreux, sociable et profondément aimé, rappelant que derrière les pseudonymes et les audiences en ligne se trouvait une personne, une famille et une vie interrompue.

Firmine Richard a, de son côté, témoigné au procès de son fils. Elle a évoqué son inquiétude face à l’emprise des réseaux sociaux sur Keneff et a contesté l’image réductrice d’un homme uniquement défini par les faits qui lui étaient reprochés.

Ce que cette affaire révèle

L’affaire Keneff Leauva dépasse la seule chronologie d’un homicide. Elle interroge la manière dont des conflits numériques peuvent être amplifiés par les audiences, les encouragements et la recherche de visibilité ; la façon dont un personnage public en ligne peut finir par peser sur les comportements réels ; et les limites de plateformes capables de diffuser en direct des scènes de violence.

Mais cette réflexion ne doit pas effacer la responsabilité individuelle ni la gravité de la mort de Mamadi Touré. Une présentation honnête doit tenir ensemble ces deux dimensions : la décision de justice et les questions plus larges posées par l’écosystème numérique.

Sources de presse